Mercredi 11 avril 2012
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17:43
Ce qui est intéressant dans un fait divers, ce n'est pas tant le fait divers en lui-même, mais plutôt ce qu'il raconte de notre société. Lucas Belvaux l'a bien compris en adaptant le roman de
David Decoin "Est-ce ainsi que les femmes meurent ?". Le film s'ouvre un cadavre, baignant dans son sang. Personne n'a rien vu. Personne n'a rien entendu. Enfin presque. On comprend
rapidement que 38 personnes étaient là, et qu'elles n'ont rien fait (comme l'écrirait Zazie). 38 menteurs ? Certes. 38 lâches ? Forcément. 38 humains ? Indéniablement. Le monde moderne,
caractérisé par l'architecture industrielle du Havre, promeut l'individualisme et dénigre la solidarité. Aider son prochain, d'accord ; conserver son petit confort quotidien, encore mieux.
Cependant, il serait trop facile de détester ces pleutres. Le film ne s'arrête pas là, il nous interroge : "et nous, qu'aurions-nous fait dans cette situation ?" La réponse n'est pas si évidente,
finalement... Au-delà de la réflexion sur l'humanité, 38 témoins est un polar à l'esthétisme froid et envoûtant. Des silences, des plans longs, des phrases très écrites.
Il y a, dans ce film, un côté chiant ou génial, c'est selon ; moi, j'opterai pour la deuxième solution. La réalisation de Lucas Belvaux est exceptionnelle de maîtrise et de tension. Il a su
transformer la ville du Havre en un décor idéalement hostile pour un meurtre (l'Office de tourisme de Normandie appréciera...). Les comédiens sont parfaits à commencer par Yvan Attal, que l'on a
rarement vu si sombre. Excellentes performances également de Sophie Quinton en femme déçue et de Nicole Garcia en journaleuse chevronnée. 38 témoins est un film
dérangeant et renversant... on peut comprendre qu'une certaine candidate écologiste ait chuté dans l'escalier à la sortie de la séance!
EN BREF : un polar excellent, qui aura du mal à dépasser 38 spectateurs
Par Romain Duchez
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Mercredi 11 avril 2012
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09:44
Claude François n'est pas seulement un chanteur à paillettes multi-diffusé lors des mariages, c'est aussi un artiste névrosé et frustré, capable de pleurer autant que son téléphone lorsque son
amoureuse refuse de marcher tout droit comme il veut. Ce biopic de Florent Emilio Siri n'a rien d'une hagiographie, le réalisateur avait un marteau et il n'a pas hésité à taper sur l'icône des
yéyé. Claude François est montré tel qu'il était dans son (court) jus : un homme talenteux et visionnaire absolument ingrat et abject avec son entourage. Quand on pense qu'il a fait une scène à
France Gall parce qu'elle avait remporté l'Eurovision... Qu'elle est belle belle belle la jalousie ! Le créateur de "Comme d'habitude" était prêt à tout pour être une vedette et faire la
Une de Salut les copains (le "Fan de" de l'époque...). Si la Star Academy avait existé cette année-là, il aurait pu être candidat. Le film insiste beaucoup sur le caractère
moderne du personnage, sans doute le premier en France à avoir mêlé chanson et merchandising. Il avait compris que vendre des disques, c'était comme vendre des lessives ou des magnolias forever!
Au-delà du portrait du chanteur populaire, Cloclo est aussi et surtout une ode aux années 60 et 70. Douce époque insouciante et pop, où chaque jour ressemblait à un
lundi au soleil de Rio. Cela donnerait presque envie d'enfiler un pantalon à pattes d'éléphant rouge vif et de mettre des lunettes à écailles encore plus larges que celles d'Audrey Pulvar. Preuve
que l'on peut mal aimer Claude François, mais bien aimer le film Cloclo (bon, je n'ai pas réussi à caser "Alexandra, Alexandrie" dans le texte, vous ne m'en
voudrez pas!).
EN BREF : un biopic passionnant et électrisant
Par Romain Duchez
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Mardi 3 avril 2012
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23:02
Imaginez un épisode de Faites entrer l'accusé, sans la dame aux cheveux gris qui éteint les vidéoprojecteurs, et voilà le décor de Possessions
planté (de bâton... ben oui, on est dans les Alpes!). "L'affaire Flactif" ou "La tuerie du Grand Bornand", ces titres de presse résonnent dans nos têtes comme des symboles de l'horreur. Un homme
qui trucide une famille puis se précipite devant les caméras de télévision pour obtenir son quart d'heure de gloire, même les meilleurs scénaristes de polar n'auraient osé l'imaginer. Le
réalisateur Eric Guirado transforme ce fait divers macabre en une version moderne de Tartuffe, où l'envie d'avoir envie (merci Johnny pour la formule) pousse au crime. Dans notre société en
crise, les pauvres de plus en plus pauvres finissent par haïr les riches qui s'enrichissent. Attention, pour autant, le film n'est pas un appel à fusiller les entrepreneurs un peu trop opulents
ou les gens portants des pulls en laine hideux ; ce long-métrage tente simplement de comprendre pourquoi un être humain peut un jour basculer dans l'inhumain. Jérémie Rénier interprète avec brio
(et avec bedaine) ce gentil beauf devenu un barbe-bleue de l'immobilier (vous noterez le travail sur les allitérations en "b"!). Le tout dans une ambiance pesante et dérangeante, parfaitement
maîtrisée. Le seul problème de ce film, c'est que l'on connaît le dénouement. Impossible d'être surpris à la fin comme dans un vrai polar!
EN BREF : fait d'hiver macabre à la neige
Par Romain Duchez
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Samedi 10 mars 2012
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19:49
Fin du suspens. Le duo Sy/Cluzet ne surpassera pas le tandem Boon/Merad, Intouchables semble arriver en fin de
course avec 19,2 millions d'entrées (contre 20,3 pour les ch'tis qui crient "Heiiiiiin ?!"). Les comédies tricolores continuent de cartonner (qui a dit que le 'made in France' était en crise ?) :
La vérité si je mens 3 en est à 4,4 millions de tickets vendus en un mois tandis que Les infidèles ont déjà attiré 1 million de spectateurs
(voyeurs ?) en une seule semaine d'exploitation. On ne passera pas sous silence la re-sortie de The artist qui,
Oscars et Cesars aidant, approche la barre des 3 millions d'entrées. Pendant ce temps-là, les Américains rament un peu... Millenium a été vu par 1 million de personnes, ce qui apparait peu, compte tenu du matraquage promotionnel. Et puis dans
la série "faut pas nous prendre pour des jambons", la version 3D ratée et inutile (dit-on...) de Star Wars : la menace fantôme n'a attiré que 600.000
spectateurs. Enfin, Juliette Binoche n'a pas la belle vie (330.000 entrées pour La vie d'une autre) et
Daniel Auteuil boit la tasse (80.000 entrées pour La mer à boire), pendant que Emmanuelle Béart se plaint de sa bouche. Sale temps pour les stars françaises des années
90...
*(chiffres CBO-Box-office via AlloCiné)
Par Romain Duchez
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Vendredi 9 mars 2012
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23:03
Les ados avec des super-pouvoirs, je n'ai rien contre à la base, c'est juste que je trouve cela sans intérêt. Les Batman, Ironman et autres trucs costumés qui finissent en "man" ne m'ont
jamais fasciné. Et pourtant, je suis quand même allé voir Chronicle... Télérama, Libé et Les inrocks en ont dit le plus grand bien, paraît-il. La bande-annonce est
prometteuse, en plus. Elle laisse à penser que les super-pouvoirs ne sont qu'un prétexte pour critiquer l'humanité. Et c'est le cas... pendant au moins 10 minutes! Avant que le film ne se
transforme en teen-movie sanglant digne d'un Destination finale 18. L'ultime combat est aussi crédible qu'une scène de Bioman (tiens donc, encore un truc costumé qui se
termine en "man"). Pas convaincu non plus par le parti pris de la mise en scène. Le coup de l'œuvre pseudo-réaliste, tournée au caméscope Mitsubishi, on a déjà vu cela dans les années 90 sauf
que, à l'époque, l'escroquerie s'appelait Le projet Blair Witch... Cela permet surtout d'avoir une bonne raison de mal filmer. Zooms, dézooms, recadrages, décadrages :
pour vomir, c'est au fond à gauche messsieurs dames! On ne comprend pas, d'ailleurs, pourquoi ces gamins passent leur temps la caméra greffée à la main droite. Même Dawson ne fait pas cela...
Définitivement, les super-pouvoirs, ce n'est pas pour moi.
EN BREF : un film qui ne défraye pas la "chronicle"
Par Romain Duchez
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