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07 Mar

Quand l'écran noir devient arc-en-ciel

Publié par Romain Duchez  - Catégories :  #Evénements

Quand l'écran noir devient arc-en-ciel

A quoi sert le cinéma LGBT ? Il suffit d'assister à une séance du Festival Ecrans Mixtes de Lyon pour trouver une réponse (l'édition 2016 se déroule du 2 au 8 mars). Les films mettant en scène des lesbiennes, des gays, des bis ou des trans permettent de montrer, d'expliquer, de choquer (parfois) mais surtout de démystifier et ainsi de défendre ces minorités, encore et toujours victimes de préjugés en 2016. En témoignent les slogans brandis lors des manifestations contre le mariage pour tous, l'augmentation des actes homophobes ou, plus symboliquement, le retrait du visa d'exploitation de La vie d'Adèle. Là, je ne parle que de la France. La situation est encore plus dramatique dans d'autres pays du monde.

Attention, le Festival Ecrans Mixtes n'est pas là non plus pour plomber l'ambiance ! Même si le constat est parfois sombre, les LGBT savent faire appel à l'humour et au second degré pour combattre l'obscurantisme. Eviter de noircir le tableau et photographier les arcs-en-ciel de la vie, en voilà une jolie philosophie !

© Epicentre Films

© Epicentre Films

Prenez par exemple Hugo et Théo dans le même bateau (France - 2016), le film d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau présenté en ouverture du festival et en avant-première en France (après une projection remarquée au dernier Festival de Berlin). Un séropositif et un séronégatif s'embarquent, non pas sur un bateau mais sur des Velib', pour un road-movie nocturne après un rapport sexuel non protégé. Plutôt que de sombrer dans une réflexion intello tragique, où tout le monde pleure sur des musiques torturées de Benjamin Biolay, les réalisateurs nous parlent d'amour, de désir et d'avenir. Une belle leçon d'optimisme.

Voilà un portrait de deux jeunes gays, en dehors des clichés traditionnels, qui cherchent une chose tellement basique : s'aimer et être heureux. Comme tout le monde. Un seul regret dans ce film, la longueur (je parle bien de la durée) de la séquence d'ouverture et son caractère carrément pornographique qui s'avère excluant. Le film s'en retrouve interdit aux moins de 16 ans alors qu'il aurait mérité d'être vu par le grand public, tant il est pédagogique au niveau de la lutte contre le SIDA et les discriminations.

Du soleil, des torses bronzés, des boxers de bain moulants. Bienvenue dans le monde des sauveteurs australiens. Drown, de Dean Francis (Australie - 2015), réunit un certain nombre de codes érotiques gays pour exciter... notre indignation ! L'histoire d'une homophobie ordinaire. Un maître-sauveteur voit d'un très mauvais œil l'arrivée d'un concurrent gay et décide de le lui faire payer. Très cher. Les petites allusions se transforment vite en torture psychologique et physique.

Ce film est éprouvant. On n'imagine pas que de tels actes puissent être réels. Et pourtant, l'association SOS Homophobie, partenaire de la projection, nous apprend à ne pas relâcher la vigilance. Voilà une autre utilité du cinéma LGBT.

La diversité et la réalité des LGBT, on la retrouve également dans les courts-métrages. Une séance spéciale, appelée « Short en queer » (excellent jeu de mots, non ?), était proposée cette année par Ecrans Mixtes, en partenariat avec le festival In&Out de Nice. Et dans ces petits films, on peut voir Queer Jeanne (d'arc) brûlée sur le bûcher de l'intolérance, un migrant contraint de prouver son homosexualité avec un détecteur d'érection, un hétéro bien ennuyé pour faire l'amour à un transsexuel, les sous-textes des sous-titres de Xéna la guerrière (« Gabrielle, she's my best friend ! »), une version barbue cuir de Cendrillon ou encore des personnages de cartoon chantant tous en cœur « we're happy and gay ». Car on peut être gay et heureux, c'est bien là l'autre morale du Festival Ecrans Mixtes de Lyon. (ci-dessous, trois courts-métrages issus de cette série « Short en queer »)

I've only just begun de Elias Koskimies (Finlande - 2012)

The Phallometer de Tor Iben (Allemagne - 2013)

Yulia d’Antoine Arditti (France - 2009)

Contacts utiles :

Association Ecrans Mixtes / 7 rue Passet 69007 Lyon - contact@ecrans-mixtes.org

SOS Homophobie / 01.48.06.42.41(ligne d'écoute anonyme) - Page Facebook SOS Homophobie Lyon

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