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21 Nov

Respire ✔✔✔

Publié par Romain Duchez  - Catégories :  #Critiques 2014

Drame de Mélanie Laurent (France)

Il faut que tu ailles voir Respire. Et ça, c'est rien de le dire. Ne serait-ce que pour prendre une bonne bouffée de talent, même si l'histoire aurait plutôt tendance à prendre à la gorge et à serrer le cœur. C'est bon, j'ai mon quota de jeux de mot dans le champ lexical de la respiration. J'arrête, promis, et je parle du film.

C'est une amitié destructrice entre deux lycéennes. D'un côté Charlie, la fille polie qui a toujours 19/20 et qui ne boit jamais de rhum-coca ; et de l'autre Sarah, la nana populaire qui trouve toujours la bonne répartie et qui roule des pelles aux garçons. Très vite, le malaise s'installe. Sarah distribue le chaud et le froid tandis que Charlie reste tiède, complètement fascinée par cette amie vénéneuse qui ne lui veut pas que du bien. Dans Hélène et les garçons, quand les filles se brouillaient entre elles, il suffisait de boire une orangeade fluo à la cafét' et tout était réglé. Dans Respire, les choses sont beaucoup plus complexes.

Mélanie Laurent met en image un phénomène assez troublant que les psys appellent la "perversion narcissique". Et là, vous allez me dire : c'est quoi un pervers narcissique ? Allez voir le film, Sarah est un cas d'école. Une personne atteinte de cette pathologie a un sérieux problème d'égo ; pour exister, elle a besoin (consciemment ou non) de trouver une proie à rabaisser et à détruire. Méfiez-vous, il paraît que ces personnalités toxiques sont beaucoup plus fréquentes qu'on ne le croit, et sous des airs parfois très respectables...

© Jérôme Plon et Alice Dardun - MOVEMOVIE

© Jérôme Plon et Alice Dardun - MOVEMOVIE

Comme toute bonne analyse psychologique, ce film ne prend jamais parti. Il n'y a pas une méchante et une gentille, chacune a ses failles et ses défauts. Les deux filles m'ont autant agacé l'une que l'autre! Sarah est insupportable de perniciosité (fallait le trouver celui-là, mot compte triple), Charlie est insupportable de passivité. Mais le film nous montre aussi que les observateurs extérieurs, amis ou spectateurs, ne peuvent rien faire pour sauver une victime d'un pervers narcissique. C'est à elle de se sauver elle-même. Finesse et réalisme du propos.

Mélanie Laurent a déjà fait ses preuves en tant que comédienne, quoi qu'en disent ses détracteurs pour suivre le sens du vent. On sait maintenant qu'elle est une réalisatrice de talent, capable de transcender le génie de Joséphine Japy et Lou de Laâge. La caméra tremble un peu (comme le caractère des héroïnes) mais les plans sont toujours justes. Mélanie Laurent utilise subtilement le plan séquence, notamment pour la scène finale, le moment le plus intense du film. A vous couper le souffle! (désolé, c'est plus fort que moi, fallait bien un petit jeu de mot pour finir!)

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